[Critique] – « Le Pont des Espions » : Seul contre tous.

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Si vous prenez Steven Spielberg avec Tom Hanks, il y a de forte de chance que le film soit bon. Si vous ajoutez à cela Joel et Ethan Coen, et la guerre froide, vous obtenez probablement le dernier chef d’œuvre de l’année 2015, pourtant déjà assez éprouvante en terme de bon film, mais c’était sans compter sur le dernier représentant d’un cinéma américain traditionnel et explorateur de mythe tel qu’on pouvait le voir chez Hawks ou Ford.


« Le pont des espions » nous narre le combat de Jim Donovan, avocat d’assurance qui durant la guerre froide va devoir défendre un homme accusé d’être un espion soviétique, face à une Amérique qui juge sans réfléchir. À l’instar de l’avis général, « Le pont des espions » n’est ni un film d’espionnage, et encore moins le thriller que la bande-annonce nous vend, mais plutôt un film sur un homme qui doit se battre. Car ici, le sujet principal n’est pas sur deux pays en guerre, ni une critique à proprement parler d’une époque où l’on pouvait accuser son prochain d’être un espion, mais bien un film sur un homme qui seul va devoir se tenir droit. Toute la force se trouve dans le personnage de Tom Hanks, représentant d’une humanité sans pareille, prêt à s’imposer devant une Amérique accusatrice, préférant croire que chaque personne mérite d’être défendue, qu’elle soit un espion ou pas. Spielberg nous dépeint ici un personnage au grand cœur, qui se bat pour ses convictions et qui représente tout l’idéalisme qui fait partie intégrante du cinéma de Spielberg. Avec ce film, Spielberg nous prouve qu’il a foi en l’être humain tout comme l’avait fait George Miller avec « Mad Max Fury Road« . Nous avons donc affaire ici à un film optimiste sur l’être humain, qui prouve que le réalisateur croit en ce dernier et ne baisse pas les bras face à ce qui se passe, comme son héros. L’apport des frères Coen de plus est d’une logique imparable puisque comme pour Spielberg, les deux scénaristes du film ont une filmographie qui elle aussi convoque les mythes de l’Amérique pour les remettre en question, les ironiser et revenir sur ce qui a construit les Etats-Unis. Sauf qu’ici, les Coen ne convoquent pas les caractéristiques habituelles de leurs personnages, ici pas de loser magnifique, mais des idéalistes provenant de la filmographie de Spielberg. Cependant, on ressent l’écriture des Coen, comme dit précédemment sur l’exploration du mythe de la guerre froide, partie intégrante de l’histoire des Etats-Unis.
Mais il ne faut pas non plus mettre de côté la mise en scène de Spielberg, véritable leçon de cinéma comme souvent. La preuve étant la première scène, presque muette, nous faisant parfaitement comprendre par l’image ce qui se passe, qui nous suivons et ce qu’il fait. Ici pas besoin de narrateur, il lui suffit juste d’un découpage précis et d’une mise en image explicative pour tout comprendre. Le reste du film est lui aussi extrêmement bien filmé, avec des plans construit de manière à nous faire comprendre la solitude de Donovan, comme par exemple les séquences ou l’image est coupé en deux par le décor, signifiant et symbolique, à la fois métaphore de la séparation entre les Etats-Unis et l’Union soviétique, et de la solitude du combat de Donovan. Sans oublier le troisième acte du film, constamment sous tension faisant passer la fin à une vitesse que l’on ne voit pas venir.
Alors s’il y a bien un film qu’il faut voir durant ce mois de décembre, c’est bien « Le pont des Espions » qui avec Mad Max et Tomorrowland, rappelle ce qu’est le cinéma fait avec le cœur et la passion.

Stéphane Visse

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