« Les 8 Salopards » : Un Tarantino crépusculaire

THE HATEFUL EIGHT

L’année cinématographique commence fort avec un chef d’oeuvre, celui d’un Quentin Tarantino grandi en maturité en nous livrant un Western crépusculaire, « Les 8 Salopards« , relecture sombre de l’histoire des Etats-Unis.

Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques : le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être ; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Trois ans après sa relecture de l’esclavagisme américain sous forme de Western Spaghetti dans le détonnant « Django Unchained« , le réalisateur surprend une nouvelle fois en apparaissant plus grandi. En effet, si les sursauts de gore sont toujours présents comme les dialogues mordants, « Les Huit Salopards » est surprenant pour son ton très désenchanté. Tarantino s’interroge une nouvelle fois sur l’Histoire de sa nation, qu’elle soit passéiste ou d’actualité, en plaçant son histoire quelques années après la Guerre de Sécession, où rien n’a réellement changé dans sa violence ou ses tensions raciales.

Tarantino nous plonge dans une lutte infernale entre les différents personnages, dont un soldat nordiste afro-américain reconverti en chasseur de primes et un soldat confédéré, dans une reconstitution de la Guerre de Sécession sous forme de huis-clos. Le film rend le spectateur tendu, montant en crescendo sa violence . Entre les injures racistes, les coups portés sur le personnage de Jennifer Jason Leigh ou les nombreux coups de feux, Tarantino ne cherche plus à esthétiser la violence pour la rendre décontracté. La violence crue du film rend le spectateur inconfortable et cela jusqu’à son ultime plan.

Filmé en Ultra-Panavision, Tarantino s’est payé le luxe de tourner  en 70mm, donnant une véritable grandeur aux paysages enneigés ainsi qu’une sensation de claustrophobie en enfermant ses personnages dans une seule et unique pièce. L’expérience de voir le film dans ce format est d’autant plus incroyable que le film a l’audace d’ouvrir sur une ouverture musicale, sublime prémisse anxiogène par la bande-son d’Ennio Morricone, et d’être séparé par une entracte, donnant ainsi une toute nouvelle dimension au long-métrage.

« Les Huit Salopards » n’oublie pas de nous offrir un scénario passionnant, en plus de son aspect pamphlétaire, et durant trois heures, impossible de décrocher les yeux de l’écran tant la fluidité des dialogues et les retournements de situations nous impressionnent. Le long-métrage s’amuse à jouer sur les faux-semblants et dérive sur une approche ludique où l’on s’acharne à vouloir faire tomber les masques des personnages pour en conclure sur un véritable carnage. On pourrait regretter une prévisibilité à certains moments mais Tarantino parvient quand même à nous scotcher dans notre siège durant tout le film.

Le nouveau film du réalisateur fait plaisir à voir dans sa manière à renouveler avec une véritable patte d’auteur. Loin des castings glamours d’Inglourious Basterds » et de « Django Unchained« , le film renoue avec les premiers longs du metteur-en-scène avec un casting d’habitués (Samuel L.Jackson, Kurt Russel, Michael Madsen, Tim Roth et Zoé Bell) et un minimalisme dans ses unités de temps et de lieux, le film se déroulant qu’à l’intérieur d’une diligence et d’un saloon. Il rappelle par ailleurs l’injustement snobbé « Boulevard de la Mort » pour sa structure en deux parties aux tons très distincts et sa pléiade de dialogues. Moins référencé que d’habitude, le film impose explicitement ses influences scénaristiques. On pense à John Ford et sa « Chevauchée Fantastique« , dans l’art de faire cohabiter des personnages très différentes, ou à la noirceur dévastatrice des films de Sam Peckinpah et son déferlement d’ultra-violence.

Cette « horde sauvage » est interprété par un casting très 90’s avec entre autre un Samuel L.Jackson impérial en ex-soldat nordiste revanchard et le retour en grâce de Jennifer Jason Leigh, parfaite en prisonnière vile et mystérieuse. Mais le nom à retenir impérativement est celui de Walton Goggins, habitué des seconds rôles dont celui de Billy Crash (mais si, celui qui veut castrer Django dans le précédent Tarantino) ou des séries comme « Justified » ou « The Shield« . Le comédien trouve ici un rôle à sa juste valeur, plein d’ambiguïté et drôle et effrayant à la fois. Dans le rôle de ce sudiste raciste en passe de devenir Shérif, il vole littéralement la vedette à tout le casting.

« Les Huit Salopards » est une véritable prouesse dans la filmographie de Tarantino, prouvant une nouvelle fois que le réalisateur a des choses à montrer tout en grandissant son style. Si le film risque de diviser le public, il sera très probablement considéré comme un film important du cinéma américain de ces dernières année. Violent, sombre et surprenant, qu’il est bon de voir un réalisateur grandir au fil de ses films pour le voir aboutir à un degré de maturité inouï. « Les Huit Salopards » est un film qui fait « mal » dans touts les sens du terme et qui risque de faire date.

 

Victor Van De Kadsye

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