« Mistress America » : La nouvelle douceur new-yorkaise de Noah Baumbach

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Après le virage cynique de « While we’re young » et sa jeunesse arrogante, le metteur-en-scène Noah Baumbach revient plus en forme que jamais avec les tribulations de deux jeunes femmes dans les rues de New-York. Co-écrit avec l’actrice principale Greta Gerwing, le réalisateur livre une comédie détonante et réussie avec « Mistress America« .

Étudiante en première année dans une université de New York, Tracy se sent bien seule : elle ne fait ni les rencontres exaltantes auxquelles elle s’attendait, ni ne mène la vie urbaine trépidante à laquelle elle aspirait. Jusqu’au jour où elle est accueillie par sa future demi-soeur Brooke, New-Yorkaise pure et dure habitant à Times Square. Séduite par les extravagances de Brooke, Tracy découvre enfin le Manhattan dont elle rêvait…

Après les pertes de repères d’une famille séparée dans « Les Berkman se séparent » ou l’amitié fissuré de « Frances Ha« , le réalisateur traite une nouvelle fois l’un de ses sujets de prédilection : La désillusion.

En nous plongeant dans la jungle de la hype new-yorkaise rempli de personnages rêveurs et d’élégance, « Mistress America » livre un portrait de deux protagonistes aux rêves vite désenchantés : Une jeune étudiante (Lola Kirke) arrivant dans la Grosse Pomme et rêvant d’inspiration à l’écriture conquise par la vie « débordante » d’une jeune trentenaire (Greta Gerwig) voulant ouvrir un restaurant. New-York est encore une fois montré comme une ville charmante et pleine de vie mais très difficile à y accéder pleinement. Evidemment, chez Baumbach, la désillusion apparaît vite pour mieux être empathique face à ses personnages se remettant souvent en selles.

Si le réalisateur aurait pu facilement tourner en rond dans sa filmographie pour son environnement et son actrice principale, il a pris un parti-pris astucieux, celle de raconter son histoire dans un registre  surprenant : La screw-ball comedy (ou comédie de moeurs).

Après l’influence Nouvelle Vague de « Frances Ha » ou le mumblecore des « Berkman se séparent« , le réalisateur s’attache à un sous-genre de la comédie des années 40 en le plongeant dans l’univers du réalisateur, rappelant d’ailleurs le dernier film de Peter Bogdanovich, « Broadway Therapy« . Les personnages de Brooke et Tracy évoluent dans un New-York vif et dynamique, apportant un ton cacophonique à leur environnement et qui donne un ton si incisive aux dialogues. Les dialogues grinçants et les gags s’organisent au début d’une situation pour mieux exploser à la fin de celle-ci et faire rire le spectateur.

La spontanéité de la toujours excellente Greta Gerwing est l’un des éléments forts du film. Pour leur troisième collaboration, après « Greenberg » et « Frances Ha« , il est toujours réjouissant de voir le réalisateur écrire des personnages aussi drôles que forts pour l’actrice. Elle incarne à merveille l’exubérance de son personnage, à la fois arrogante mais terriblement attachante. Sa partenaire d’écran, Lola Kirke (vue dans « Gone Girl » et dans la série « Mozart in the jungle« ), complémente avec brio le couple qu’elle forme avec Gerwing.

Court pour être plus efficace, on ne voit pas le temps passé devant cette échappée new-yorkaise, envoûtante par ses personnages, son élégance et sa bande-originale (Orchestral Manoeuvres in the Dark, Hot Chocolate). « Mistress America » est donc une réussite de plus dans la carrière de Baumbach, se rattrapant des erreurs de « While we’re young » pour poursuivre une évolution dans sa filmographie sans pour autant tomber dans un côté désenchanté excessif. Affronter ses échecs pour mieux réussir, c’est la formidable leçon que le réalisateur nous apprend une nouvelle fois avec ce film.

 

Victor Van De Kadsye

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