[Critique] « Avé César » : Une usine à rêve

Hail-Caesar-clooney

Les frères Coen ont parmi les leitmotivs de leur cinéma, deux thèmes qui reviennent constamment, les mythes de l’Amérique et une passion ardente pour le cinéma. Mais pour ce dernier, bien qu’ils rendent hommage à des genres comme le Western ou le film noir, lorsqu’ils décident de parler de l’industrie cinématographique, ce n’est pas en bien, comme le prouve Barton Fink. Ce dernier est une critique acerbe des productions ou l’on embauchait des scénaristes provenant du théâtre, ayant donc une vision artistique, pour au final les cantonner à écrire des films sans âme voguant sur la vague du moment. Mais également d’autres sujets que l’on découvre après de nombreux visionnages, prouvant que le film est une œuvre complexe aux multiples sens de lectures. Mais il n’est pas question ici de Barton Fink mais bien de leur nouveau film, le brillant Ave Cesar, beaucoup plus critique sur l’industrie qu’il n’y parait.

Si Avé César ressemble à Barton Fink sur le papier, il écrase son modèle de loin, notamment dans la façon dont ce dernier dépeint le Hollywood des années 40, considéré comme un âge d’or.

Si l’on peut penser que le film rend hommage, c’est que les séquences de genre tel que le Western ou le Mélodrame repris par les Coen n’ont pas été comprises tant les clichés de ces films et la manière dont ces derniers sont exécutés et extrapolés. En effet, que ce soit la séquence de ballet aquatique, magnifié par une mise en scène et une chorégraphie incroyable, ou le western dont les actions du personnage dépassent toute logique humaine, les Coen se moquent et vont jusqu’à démontrer que les films produits à l’époque n’ont aucune portée artistique. Preuve en est le personnage de Ralph Fiennes, réalisateur obligé de se plier aux règles du studio, prouvant que son intérêt compte guère. A la fois donc critique de l’époque ou le film se tient, mais en même temps réflexion sur notre monde actuel, notamment avec les films Marvel ou des réalisateurs comme Kenneth Brannagh ou Edgar Wright sont traités comme de vulgaires employés devant allumer et éteindre la caméra.

Par ailleurs, le retour à la photographie de Roger Deakins appuie une idée qui transparaît tout au long du film, et qui porte sur la religion. En effet, le studio est constamment éclairé tel un lieu saint, et le personnage de Mannix serait tout simplement une incarnation de Dieu qui veille sur ses brebis, les acteurs dont il doit gérer la vie, mais également son monde entier, c’est-à-dire le studio. Ce même studio de cinéma qui est également une ‘Usine à rêves’, comparaison à la fois négative et positive. Négative car les films sont donc assimilés à des produits manufacturés à la chaîne, mais possitive car ce sont ces rêves qui permettent de quitter le monde réel qui est personnifier par une photographie. Cette photo est tendue par un homme voulant engager Mannix pour un autre travail, photo représentant un champignon atomique. Mannix devrait alors quitter son travail, laissant à l’abandon les acteurs et le studio qui se retrouveraient sans contre-maître, porte garant de la création de rêves dont le spectateur à besoin pour s’extirper de ce monde réel.

Les Coen livrent encore une fois une œuvre aux nombres de lectures immenses, obligeant un second visionnage pour percer à jour toute la complexité d’un récit, bourré de symbolisme et de réflexion sur des thèmes aussi vaste que la condition d’un studio ou simplement le temps, sujet qui semble les fasciner tout au long du métrage à cause des nombreux plans sur des montres. Porté par une mise en scène méticuleuse sur chaque séquence de film présente, les Coen se permettent de donner une leçon de mise en scène pour toute personne voulant faire une bonne séquence de comédie musicale. Découpé et chorégraphié à la perfection, les deux frères prouvent qu’ils sont à l’aise peu importe le genre qu’ils investissent.

Au lieu de rendre hommage sans percer la substantifique moelle des œuvres dont ils s’inspirent, ils transcendent leurs modèles, sans jamais tombé dans la facilité. Le film se targue par ailleurs d’un casting 5 étoiles, ou chaque acteur s’investit plus que jamais dans son rôle, même pour les personnes réfractaire à un Channing Tatum. Même si tout le crédit revient à George Clooney, champion pour incarner les imbéciles. Mais avouons-le, l’acteur que nous attendons tous durant le film, c’est le grand, le beau, le fort, le monolithique Dolph Lundgren, qui ici fait plus office de caméo que de rôle mais qui s’avère être jubilatoire sans même prononcer un seul mot.

Avé César est donc un grand film dans la filmographie des Coen, prouvant que depuis No Country for Old Men ils n’ont de cesse de repousser leurs limites de metteur en scène, et sont les seuls qui crachent véritablement sur le système avec de la subtilité et de l’humour.

Stéphane Visse

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