« The Neon Demon » : La beauté de Jesse Winding Refn

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« Only God Forgives » avait dérangé la critique et les spectateurs pour son ultra-violence oedipienne formalisée, le nouveau film de Nicolas Winding Refn provoquera les mêmes réactions qu’à l’accoutumée chez les spectateurs avec toujours une nouvelle proposition de cinéma éblouissante. Une oeuvre fascinante sur la beauté avec la découverte de Sofia CoppolaElle Fanning, sous la houlette du réalisateur danois.

Une jeune fille débarque à Los Angeles. Son rêve est de devenir mannequin. Son ascension fulgurante et sa pureté suscitent jalousies et convoitises. Certaines filles s’inclinent devant elle, d’autres sont prêtes à tout pour lui voler sa beauté.

En nous plongeant dans les dessous des strasses et paillettes de Los Angeles, « The Neon Demon » fait office d’oeuvre singulière et dépaysante, ou le choc est immense. Une jeune femme débarque à Los Angeles pleine de rêves et d’espoirs sur sa carrière de mannequinat entachée de désillusions fatidiques. David Lynch, David CronenbergPaul Schraeder ou Dario Argento sont passés par cette histoire de descente aux enfers, c’est au tour du réalisateur danois de s’y attaquer avec son formalisme si singulier, où les lumières colorés côtoient l’horreur pour donne une fable très étrange sur la quête de beauté.

De ce postulat de départ éculé jusqu’à la moelle se dégage donc une réflexion sans concession sur la Beauté, élément centralisé sur un personnage : Jeese, nouvelle arrivante à L.A. Le visage juvénile d’Elle Fanning fascine et attise les regards de ceux qui la croisent : Ceux des hommes, fascinés ou libidineux face à elle, comme ce maître de motel joué par Keanu Reeves (qui visiblement ne semble pas être sorti de son rôle de « Knock Knock« ) mais surtout les regards de ses concurrentes professionnelles, désireuses de jeunesse et de corps parfaits jusqu’à un niveau des plus dérangeants dans la dernière partie du film. Dans un milieu sinistre dissimulé sous des néons et des paillettes artificielles, Jeese y rencontrera la gloire et la chute sous la caméra de son alter-ego masculin.

Mais la Beauté est aussi quelque chose de purement cinématographique avec un reflet de l’oeuvre du réalisateur sur le personnage de Jeese, où l’on pourrait y voir un réalisateur devant en partie son succès par des qualités esthétiques pouvant y attirer des détracteurs. Revenons vers une année brillante pour le cinéma : 2011.

« Drive » fût un véritable tournant dans la carrière internationale du metteur en scène. Tourné à Los Angeles, avec un casting des plus prestigieux prestigieux, le style du réalisateur pour ce thriller vite considéré comme « arty » par le public américain s’est immédiatement inscrit comme un monument de la pop-culture 2010 par sa mise en scène très esthétisé. Récompensé à Cannes par le Prix de la Mise en Scène sous la présidence de Robert De Niro, un prix où l’esthétisme est forcément impliqué, le succès a influé l’égo du réalisateur et a ainsi attisé de la haine et de la jalousie, n’y voyant que des belles images compensant un vide scénaristique  Un tel succès qui retombera, comme pour le personnage d’Elle Fanning dans The Neon Demon, vers un sacré retour de bâton lorsque le duo à succès Refn/Gosling présenta « Only God Forgives » à Cannes. Son propre succès lui aura donc fait de l’ombre et les spectateurs conspueront son formalisme, mettant en doute la réputation du réalisateur. En suivant le parcours de Jeese dans « The Neon Demon« , impossible de ne pas y voir surgir le spectre du metteur en scène, qui fera à nouveau l’objet de controverses, notamment lors de son passage au Festival de Cannes.

« The Neon Demon » est un film aussi choquant qu’ensorcelant, où la beauté de la mise en scène emporte le spectateur autant qu’il provoque un malaise aidé par la bande-son envoûtante de Cliff MartinezNicolas Winding Refn, au même titre qu’un Paul Verhoven suscitant le débat actuellement (On a presque tous aimé « Elle« dans la rédaction mais l’article de Delphine Aslan pour le Huffington Post contre le film est une analyse intéressante à lire ci-dessus.), propose une véritable oeuvre de cinéma. Une oeuvre où la beauté des images fait éveiller notre réflexion, livrant ainsi une multitude de réflexions chez n’importe quel spectateur.

Que l’on le prenne pour une critique du monde de la mode, un film d’horreur stylisée ou une introspection auto-biographique fantasmée, on sort de la salle chamboulée par ce que l’on vient de voir à l’écran avec la voix de Sia dans la tête. Winding Refn signe donc une oeuvre qui marque définitivement l’année cinématographique en 2016.

Victor Van De Kadsye

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