« Sierenevada » : Un chaos familial réjouissant.

112215.jpg

Assister à une réunion de famille grâce au cinéma d’auteur européen, c’est toujours un événement qui marque les esprits. Entre les comédies anglaises où les gags et les quiproquos s’accumulent comme chez les « Joyeuses Funérailles » de Frank Oz et les expérimentations du cinéma danois où s’entremêlent drame familial (« Festen » de Vinterberg) et fin du monde (« Melancholia » de Lars von Trier), on est servi en terme de cassage familial, ce n’était pas sans compter sur le nouveau film du réalisateur roumain Christi Piiu, « Sieranevada« , où dans un petit appartement se condense toute la société roumaine, entre traditions et éternels disputes, durant deux heures et cinquante-deux minutes. Soyez prêts à vivre un sacré challenge.

Quelque part à Bucarest, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary – 40 ans, docteur en médicine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt. L’évènement, pourtant, ne se déroule pas comme prévu. Les débats sont vifs, les avis divergent. Forcé à affronter ses peurs et son passé et contraint de reconsidérer la place qu’il occupe à l’intérieur de la famille, Lary sera conduit à dire sa part de vérité.

Le premier (long) plan-séquence annonce la couleur : Dans un Bucarest grisâtre et austère, le couple principal du film enchaîne les allers-retours au sein de leur BMW, créant ainsi un chaos au sein de la rue vue à travers une caméra fantomatique. Pendant environ trois heures, on assiste à un véritable chaos où la caméra virevolte entre chaque membre de cette famille brisée en fonction de leurs entrées et sorties à chaque pièce. Le dispositif devient rapidement étouffant, ne laissant volontairement aucun répit à son personnage principal, pouvant être vu comme le reflet du spectateur incrédule qui se prend très vite au jeu.

Mais malgré son austérité formel, aussi grise que le ciel grisâtre et aussi sobre que son générique, on est rapidement pris dans ce tourbillon familial car au fond, « Sieranevada« est une oeuvre réjouissante donnant le sentiment d’assister à une réunion de famille comme on en a tous vécu au moins une dans notre vie. Que l’on jette la première pierre à celui qui n’a jamais eu récemment une discussion sur les attentats de Charlie Hebdo, la religion ou de problèmes de couples. Durant tout le film, Christi Piu brase de nombreux thèmes contribuant à la densité de cette gigantesque durée. On est saisi par les états d’âmes des personnages, entre le cousin adepte de la théorie du complot ou de l’oncle un peu rustre et trompeur, et leurs conversations aussi simples que « Oui ou non, est-ce que je peux aller à Carrefour ? » ou « C’est bizarre qu’il y ait aucune trace de sang près du flic tué lors des attentats de Charlie Hebdo« .

L’expérience est intense, préparez-vous bien mentalement, soyez accrochés à votre siège et soyez prêt à vivre une expérience intense et revigorante. « Sieranevada » est une chronique de la vie européenne parfois étouffante, parfois tordante, parfois émouvante, que l’on explore tout le film avec plaisir.

Victor Van De Kadsye

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s