[Critique] – « Toni Erdmann », plus fort que Batman et Superman : Le cinéma d’auteur allemand.

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« Toni Erdmann« , le film-sensation de Maren Ade au dernier Festival de Cannes, est enfin sur nos écrans après trois mois de louanges et de critiques dithyrambiques éparpillés dans la presse international et les réseaux sociaux. Après plusieurs semaines de critiques s’interrogeant sur l’absence de cette quête spirituelle cocasse au Palmarès tant controversé, le film a enfin été vu et on peut le confirmer : « Toni Erdmann » est un sacré morceau de cinéma.

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

Mettons tout de suite carte sur table : Ces 2h44 de cinéma d’auteur allemand risquent de provoquer des craintes chez certains spectateurs. Elles risquent aussi de donner un sentiment de tromperie sur la marchandise en raison du teaser passant en boucle dynamisant l’ambiance du film. « Toni Erdmann » n’est pas la gondolade annoncée partout. Le film se montre bien plus grand qu’une simple histoire père/fille.

Maren Ade nous signe avec son épopée familiale une véritable ode à la fantaisie anti-bureaucratique. Non, nous ne sommes pas dans l’extravagance filmique de Terry Gilliam mais bien dans du cinéma d’art-et-essai calibré à 200% européen. La réalisatrice opère avec brio la manière d’aborder une forme de cinéma bien précise pour mieux la parasiter ensuite. Un déréglage de la mise en scène qui n’est pas sans rappeler un autre oublié  de Cannes cette année, « Elle » de Paul Verhoeven, où le réalisateur pervertissait le cinéma d’auteur français pour en faire une oeuvre cinglante sur les névroses. Le quotidien morose et carré d’Inès, femme d’affaire, se conjugue avec une mise en scène austère. La froideur apportée par la caméra transmet avec écho le monde de l’entreprise.  Et c’est alors que débarque Wilfried/Toni Erdmann.

Présenté comme un personnage excentrique dès le départ, ce père clownesque va contaminer la mise-en-scène quotidienne de sa fille en provoquant malaises, fous rires et cocasseries en tout genre. Figurant en arrière-plan, en hors-champ ou entrant par surprise aux bords du cadre, ce personnage fantaisiste ne cesse jamais de surprendre et transmet une véritable bouffée d’air frais où la farce doit être prédominante dans la vie.

Peu à peu, Wilfried/Toni va contaminer sa fille et le public, qui seront pris de rires nerveux et d’une émotivité assez folle comme l’a pu être Cannes lors de la projection. Le prisme du film austère va se détacher peu à peu grâce à ce père extravagant en proposant chant sur Whitney Houston et naturisme parmi tant d’autres moments surréalistes.

Avec cette quête existentielle de presque trois heures, Maren Ade fait preuve d’une grande habilité à jongler entre les émotions. On sort stupéfait par un tel mastodonte du récent cinéma d’auteur. « Toni Erdmann » est une oeuvre qui va avoir ses fans et ses détracteurs, en dehors du consensus journalistique, mais qui a le mérite d’offrir une oeuvre impressionnante.

Victor Van De Kadsye

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