« Nocturama » : Bonello, « plus fort que les bombes ».

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Avec cette sulfureuse radiographie rêvée d’une jeunesse perdue dans la société française contemporaine, Bertrand Bonello marque à grand coup de violence et de musique le cinéma 2016 dans son très troublant « Nocturama« .

L’actualité de ces derniers mois a lourdement impacté la distribution cinématographique en France. Après les multiples reports du « Made In France » de Nicolas Boukrief, le changement de titre pour le dernier film de Joachim Trier (Passant de « Plus fort que les bombes » à « Back Home« ) et le retrait en salles du pourtant très soft « Bastille Day » de James Watkins suite à l’attentat de Nice, la sortie du nouveau film de Bertrand Bonello était plus que redouté. En racontant une fable sur ces jeunes adultes posant des bombes dans plusieurs lieux (à forte connotation symboliques) de Paris, la crainte d’un scandale (comme en témoigne son absence à la Sélection officielle à Cannes) était inévitable.

Toutefois, n’y voir qu’un film sur le terrorisme serait très réducteur pour l’auteur et son oeuvre. Dans ce long-métrage, au titre emprunté à une chanson de Nick CaveBonello observe une génération en plein désarroi face aux galères d’une société les laissant pour compte. Chômage, élite et difficulté des grandes écoles, licenciements, cette anxiété sociale a fini par « exploser ». Sans aller à excuser leurs actes, le film nous tente de nous faire comprendre les actions de cette jeunesse ainsi que leur rapport avec le système actuel.

Démarrant comme un film d’Alan Clarke (influence d’Elephant revendiquée par Bonello) où nos héros déambulent méthodiquement dans les rues de Paris afin de tout mettre en place, la suite des évènements s’enchaîne comme des éléments contradictoires dans un immense centre commercial. Les personnages errent dans un bloc matérialiste en mangeant, en jouant au kart ou en améliorant leurs images avec des robes et des costards. Rattrapé par une réalité brutale (le final radical du film risque d’ailleurs d’irriter une partie du public), le film se veut donc plus comme une oeuvre plastique sur la jeunesse contemporaine s’échappant à travers l’art et l’union, qu’une oeuvre douloureuse sur le terrorisme, servant qu’ici à représenter symboliquement la volonté « utopiste » de changer les choses en faveur d’une jeunesse laissée à l’abandon.

« Nocturama » est une expérience radicale et troublante où l’on erre comme dans un rêve avec ses personnages perdus pour retomber tragiquement dans une réalité oppressante. Un film fort, l’un des plus marquants de cette année.

Victor Van De Kadsye

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