[Posons nous les vraies questions] – « Showgirls » mérite-t-il son statut de « navet » ?

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La ressortie événementielle de ce mois de Septembre est celle d’un film dont la controverse n’a d’égale que celle de son réalisateur : « Showgirls » de Paul Verhoeven. Quand l’un des rois de la provocation cinématographique nous dévoile les dessous scabreux de Las Vegas, cela attire forcément les foudres des critiques et du public. L’objet de cette article est donc de savoir si un film aussi polémique méritait réellement une telle haine à sa sortie en 1995.

Découvrir un film réalisé par Paul Verhoeven serait comme découvrir une oeuvre de Todd SolondzLars von Trier ou Michael Haneke. L’expérience peut fasciner comme elle peut lasser mais ne laisse pas indifférent à l’issu de la projection. Avec l’extrême-violence d’une superproduction comme « Robocop » ou la satire anti-militarisme du chef d’oeuvre « Starship Troopers » qui pervertit les conventions du cinéma d’action américain pour la transformer en véritable parodie de propagande, Verhoeven n’est clairement pas connu pour proposer un spectacle des plus édulcorés. Mais entre ces deux films cultes cités, « Showgirls » pourrait être le film-synthèse de la carrière américaine (ne connaissant que de nom les précédentes oeuvres tournées en Hollande du réalisateur) du metteur-en-scène.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas la légende « Showgirls« , ce drame raconte l’ascension accompagnée d’embûches et de chute d’une jeune inconnue nommée Nomi (joué par Elisabeth Berkley) en tant que show girl dans le monde infernal de Las Vegas. Anxiété, concurrences, frasques scabreuses, démythification de la célébrité avec ce personnage de chanteur adulé dont le statut d’idole cache une abomination, la célébrité et ses vices (ici ancré à Vegas) sont exposés comme elle l’a pu l’être de différents styles et manières chez le réaliste Billy Wilder (Sunset Boulevard), l’ésotérique Nicolas Winding Refn et son « Neon Demon » ou chez la psyché étrange de David Lynch dans « Mulholland Drive« . Le cinéma pervers (à ne pas lire ici dans un sens péjoratif) de Verhoeven racontera ce rise-and-fall avec un style et une touche d’auteur des plus singulières.

Le monde de la célébrité vu sous le prisme de Verhoeven n’est pas quelque chose des plus magnifiques à voir. Des scènes de sexes aux antipodes du glamour (dont une scène de viol particulièrement graphique), du vomi, des insultes sexistes, des jeux d’actrices volontairement mauvais, voir tout cela étalée sur plus de deux heures de film pourrait provoquer une overdose et l’envie de crier « Mauvais goût, mauvais goût » comme j’ai pu l’avoir pendant la projection. Découvrant le film pour la première fois, cet excès de crasses et de coups bas m’a fait sortir du spectacle auquel j’assistais. On peut donc conclure que je rejoins le clan des personnes n’ayant pas aimé le film parmi les réceptions très polarisés .

Cet avis n’empêche pas cependant de constater que « Showgirls » est un film des plus réussis sur le monde du spectacle qui, non seulement, représente parfaitement l’oeuvre d’un auteur mais qui maintient surtout tout le long une vision proprement singulière d’un monde vu de nombreuses reprises au cinéma. Las Vegas et ses paillettes sont exposés sous leurs plus mauvais jours, avec une frénésie de vulgarités en tout genre, en dégoûtant l’héroïne principale. Une vision rebutante, comme l’a brillamment faite le dernier choc du réalisateur cette année avec « Elle« , mais dont la blâmer l’oeuvre en elle-même pour cela serait la preuve d’être complètement passé à côté.

Evitez les moqueries provoqués par les Razzie Awards et ses 13 nominations injustifiées, les Simpson ou même l’infernale critique crachant à la bouche (pour être poli) d’une proposition d’auteur. Profitez de la ressortie dans les salles obscures pour découvrir un spectacle des plus polarisants. « Showgirls » n’est certainement pas le navet tant décrié et mérite plus d’attention de la part du public, assurément polarisé à l’issu du visionnage.

Victor Van De Kadsye

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Une réflexion sur “[Posons nous les vraies questions] – « Showgirls » mérite-t-il son statut de « navet » ?

  1. Je suis d’accord que le film ne méritait pas le bashage qu’il a eu, mais c’est un peu ce qui l’a rendu culte. J’avais aussi du mal avec ce trop plein de mauvais gout mais je pense que je conseillerai ce film à n’importe quel cinéphile, rien que pour la curiosité de ce film un peu indéfinissable.

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