[Critique] – Paterson – Jim Jarmusch

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Paterson vit à Paterson, New Jersey, cette ville des poètes, de William Carlos Williams à Allen Ginsberg, aujourd’hui en décrépitude. Chauffeur de bus d’une trentaine d’années, il mène une vie réglée aux côtés de Laura, qui multiplie projets et expériences avec enthousiasme et de Marvin, bouledogue anglais. Chaque jour, Paterson écrit des poèmes sur un carnet secret qui ne le quitte pas…

A la douce lumière du jour, nous nous réveillons avec Paterson (l’élégant Adam Driver) et sa compagne, la lunaire Laura (rayonnante Golshifteh Farahani), tout deux enlacés. Chaque matin, leurs corps nous offrent des tableaux différents comme pour incarner le titre ou le symbole de ce que constituera la suite de la journée. Là où nous avions la froideur de la ville de Détroit dans Only Lovers Left Alive, nous parsemons ici, le modeste Paterson qui nous réchauffe de la teinte rougeâtre de ses briques rouges.

Après un tendre baiser à sa compagne, Paterson monte dans son bus et commence son périple quotidien. Au fil du récit souvent teinté d’humour tendre, de conversations coquasses, (dont certaines ont réellement été entendues par le réalisateur désireux de nous faire partager ses petits trésors) ou encore de grandes enquêtes de la vie quotidienne, il écrit des poèmes dès qu’il le peut et rencontre des gens, échange avec eux pour nourrir ses rêveries poétiques. Les petits détails de la vie qui attirent notre attention le temps d’une seconde semblent être l’ingrédient suprême de ses oeuvres. La simplicité sublimée en somme. Belle allégorie de sa vie où un rituel réconfortant s’exécute quotidiennement dessinant sa petite musique personnelle. En effet, chaque jour sa compagne trouve un nouveau rêve à poursuivre, une nouvelle idée loufoque à tester, chaque jour il va promener son chien en allant boire une bière au bar du coin et chaque jour, sa journée constitue un nouveau poème à part entière. Bonheurs qui ont tendance à nous échapper de plus en plus dans cette société de vitesse et de stress permanents.

Jarmusch décide, quant à lui, de s’y attarder et d’en faire l’éloge. Nous nous laissons porter doucement avec délectation par le flot de mots de ses poèmes écrits en réalité par Ron Padgett. Certains ayant été spécialement écrits pour le film. Mais comme dans toutes structures classiques d’un récit nous arriverons irrémédiablement aux accidents, aux éléments perturbateurs. Là encore, le réalisateur prend le sens à contre courant. Le réel cataclysme se jouera dans les mots et les peurs rapportées des pensées des personnages.

Ce film nous procure autant de bien être qu’un thé chaud une après-midi d’hiver et nous redonne l’envie de nous plonger des heures entières à parcourir des recueils de poésie. On peut également parler d’hommage au poète William Carlos Wiliams mais principalement à la beauté de la simplicité de nos vies en général.

Mélina D’Amico

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