[Critique] « Moonlight » – Barry Jenkins

moonlight.jpg

Quand la première projection a eu lieu au Festival de Toronto, personne (et le réalisateur Barry Jenkins lui-même) ne s’attendait à un tel ras-de-marré émotionnel. Et pourtant « Moonlight« , second long-métrage d’un jeune auteur qui a déjà tout des attraits d’un grand, est un feu d’artifice de créativité et d’émotions comme on a rarement vu à l’écran récemment.

Scindé en trois parties distincts, chacune forgeant une partie de l’identité du personnage principal nommé Chiron, l’histoire de ce jeune homme cherchant à se trouver au centre d’un monde nous saisit par le soin qu’a apporté Jenkins d’immédiatement nous confronter dans une situation d’empathie en se montrant d’une très grande pudeur. Racontant juste les faits marquants de la vie de Chiron, chroniques par la brièveté des actes apporté par les ellipses mais importantes pour la construction de vie du héros, le film brille par son absence de complaisance par rapport à un environnement aussi facilement sujets à des préjugés.

Car inutile de rappeler l’importance sociale que « Moonlight » a puisqu’il le fait si bien.  Oui, les quartiers touchés par la pauvreté et la drogue sont là mais là n’est pas le réel sujet de l’histoire, ce que souhaite et réussit l’auteur du film est de tout simplement raconter la vie d’un homme gravitant autour de ce monde, de trouver sa propre identité, qu’elle soit personnelle ou sexuelle. Le film ne cessera jamais de surprendre quant à cela et brise touts les clichés présents, montrant juste des parcours de vies déambulant dans ce contexte social pré-destiné au départ où chacun tente de s’en sortir ou d’aider autrui. Le premier chapitre du film, avec la relation paternelle que Chiron a avec un jeune dealer amicale protecteur le montre très bien. Il est d’ailleurs incontestable de devoir récompenser Mahershala Ali pour son rôle, incroyable de nuance et de bienveillance.

Barry Jenkins porte magistralement le titre de metteur-en-scène pour avoir cette faculté à raconter avec puissance mais peu d’éléments la vie de ce jeune afro-américain. Une main agrippant le sable au clair de lune lors du premier ébat amoureux, un gros plan filmant frontalement le visage de Naomi Harris hurlant quelque chose suffisamment puissant pour que l’image nous le raconte et non le son, ainsi que les corps déformés à tout va par le passage du temps. Et c’est là où la comparaison que certains pourraient faire avec le chef d’oeuvre de Richard Linklater, « Boyhood« ; s’arrête là. Là où Linklater avait réussi un défi impressionnant en observant les métamorphoses de ses acteurs pendant 12 ans, Barry Jenkins trouve la justesse de faire appel à différents acteurs comme pour signaler ces changements physiques fragilisés par le temps. La transformation de Chiron de l’adolescence à l’âge adulte est des plus impressionnantes, avec cet ado gringalet devenu une véritable masse de muscles.

« Moonlight » est un redoutable mélodrame. Rappelant à juste titre la puissance de l’oeil cinématographique pour nous raconter une histoire simple au premier abord mais bourré de complexes au deuxième. Barry Jenkins signe un film important, dont la dureté parsemée d’une certaine tendresse s’avère très nécessaire pour notre génération.

Victor Van De Kadsye

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s