« Silence » : Scorsese, « roi de la théologie ».

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Resté silencieux dans la communication médiatique, « Silence » signe pourtant le grand retour derrière la caméra d’un réalisateur dont le seul nom provoque normalement un énorme bruit : Martin Scorsese. Et avec ce projet cher à l’artiste depuis 30 ans, on s’éloigne radicalement de l’ambiance rock’n’roll du « Loup de Wall Street » pour méditer en silence sur la question de la foi dans cette adaptation du roman de Shüsaku Endô. Définitivement l’un des plus grands chefs d’oeuvre d’un des piliers du Nouvel Hollywood.

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Qui a dit que l’esprit du Nouvel Hollywood n’était plus de ce monde ? A l’instar de son camarade William Friedkin, qui avait sidéré le monde entier en 2012 avec son génialement ravagé « Killer Joe« , le réalisateur de « Taxi Driver » donne un coup de pied dans la fourmilière des salles obscures avec cette oeuvre mastodonte dont personne ne pourra en ressortir indifférent.

Que l’on soit athée, bouddhiste, chrétien ou adepte d’une croyance, « Silence » est une oeuvre peu facile qui nous parle cependant à tous. En quoi notre foi en quelque chose permet-elle d’affronter l’atrocité du monde ? Comment peut-on rester seul démuni d’une réponse que l’on espère depuis toujours ? Ces questions, le père Rodrigues (Andrew Garfield) va perpétuellement se les poser durant son périple douloureux au Japon. Des questions sans réponses posés envers Dieu, dont son impuissance à certaines épreuves endurés par ce prêtre jésuite se traduit par un soin colossal au travail sonore et visuel. De la brume dissimulant les corps torturés de certains croyants jusqu’aux sons laissant seulement place aux bruits de la natures et les cris de souffrances, Scorsese s’est surpassé en montant une imagerie complexe et impressionnante pour mettre en scène cette absence bruyante ou alors une présence silencieuse…

Une réflexion théologique propre au cinéma de Scorsese, celui-ci ayant toujours dissimulé au sein de son oeuvre des questions propre à la morale de ses personnages (notamment sous les traits des personnages joués par Harvey Keitel dans « Who’s that knocking at my door ? » et « Mean Streets« ), qui ne laisse aucun répit à ses personnages principaux. Si la légère déception de voir le personnage d’Adam Driver peu de temps à l’écran se pose immédiatement, il ne gâche pas néanmoins la portée universelle du film quant à elle amenée par ce personnage de père Rodrigues. Un prête tellement dévoué à sa croyance que l’impuissance divin se substituera à lui lorsqu’il deviendra la source de foi de plusieurs chrétiens japonais espérant survivre à la torture par l’apostasie du prêtre et se montra éternellement compatissant en dépit des actes des trahisons commis par certains. Andrew Garfield vole définitivement la vedette, quitte à en faire trop à certaines scènes difficiles, dans le rôle de ce croyant éternellement persécuté. Adam Driver continue de faire son bout de chemin chez les grands réalisateurs et Liam Neeson fait le taf dans ce rôle « McGuffin » digne du Colonel Kuntz dans « Apocalypse Now« . Issei Ogata crève l’écran dans le rôle de cet inquisiteur persécuteur mais non dénué d’humanité, renforçant ainsi la complexité du propos du film quant à la question de croyance dans ce que celle-ci nous rassemble en chacun d’entre nous, la chrétienté n’étant pas la seule manière de poursuivre sa foi.

« Silence » est une oeuvre à part dans l’oeuvre post-Nouvel Hollywood de Scorsese. Ne soyez pas intimidés par son sujet complexe et l’austérité esthétique du film, ce long-métrage est un morceau de bravoure dans l’institution cinématographique américaine. Une expérience de cinéma comme on en fait plus, peu importe si vous adhérez ou pas à ce changement radical de la part d’un réalisateur qui arrive encore à nous surprendre, ceci une oeuvre qui vous hantera encore jours après jours.

Victor Van De Kadsye

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