[Critique] « Get Out » – Jordan Peele.

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« Get Out », ce serait comme si la paranoïa étouffante du cinéma de Polanski côtoyait l’humour gras d’une comédie avec Ben Stiller et Robert De Niro sur la famille. Un rapprochement étonnant, certes, mais pas si anondin compte tenu du fait que ce soit la première réalisation du comique américain Jordan Peele, livrant ici une charge féroce contre le racisme décomplexé de l’ère Obama.

Pour son premier long-métrage, Peele s’attaque donc à un sujet important mais qu’il a déjà su évoquer dans ses sketchs (issus du Key & Peele show) : Le racisme flottant au-dessus des Etats-Unis. De ce fait, on suit l’histoire de Chris, jeune afro-américain (joué par David Kaluuya, sensation de Black Mirror et Sicario) prend le temps d’un week-end pour partir à la rencontre de la famille de sa petite amie (Allison Williams, l’insupportable Marnie dans « Girls » dans un rôle pas si éloigné curisuement) issue d’une classe privilégiée blanche et aisée. Une rencontre qui semble bien se dérouler, malgré la lourdeur d’une attitude faussement progressiste venant de la belle-famille où l’on insiste lourdement sur l’adoration d’Obama et les remarques racistes sous airs de compliments, malgré des incidents étranges incitant à la paranoïa.

Avec « Rosemary’s Baby », Polanski faisant frémir le spectateur en observant un mal invisible dissimulé dans le New-York des années 60. Des années plus tard, Peele réutilise les mêmes idées de mise-en-scène que son antécédent pour évoquer habilement un mal plus actuel établi sous un ordre hiérarchisé. « Get Out » frappe là où ça fait mal dans la société blanche en évoquant aussi bien les violences policières ou la réappropriation culturelle, véritables fléaux contemporains. Le genre de l’horreur se prête ajustement à ce malaise social, contrebalancés par l’humour satirique de Jordan Peele prêtant lieux à quelques fous rires mémorables sans que cela entache sur la teneur lugubre de ce premier film.

Un premier film qui laisse apparaître ses faiblesses cependant, essentiellement dû à un dernier acte bâclé et probablement dévoré par Universal et Blumhouse qui nous surprend par la facilité invraisemblable de sa résolution. Peut-être Peele voulait exprimer une révolte cathartique à l’égard de son personnage, mais faut-il encore savoir prendre son temps pour nous l’exposer en pleine figure et non en quelques coupes au montage.

On ressort abasourdi de la salle devant une telle réussite pour un premier film. Jordan Peele a témoigné de ses capacités prodigieuses en tant que réalisateur, ainsi que ses failles, pour prouver que le cinéma d’épouvante populaire peut encore utiliser toute sa force pour dénoncer des problèmes contemporains.

Victor Van De Kadsye

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