[Critique] – Ava – Léa Mysius

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Durant les vacances d’été, une jeune fille se rend compte de l’assombrissement de sa vue d’un monde déjà obscurci. Un combat s’annonce alors pour y trouver des rayons, traduits par le désir et les rencontres amoureuses. Ce premier film détonnant nous est offert par Léa Mysius, une réalisatrice prometteuse sortie de l’école de la Fémis.

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Un dimanche après-midi à la Grande Jatte – Georges Seurat – 1886 // Ava – Léa Mysius – 2017

Les premières images de cette fable moderne témoignent du talent pictural de cette metteuse-en-scène : Un plan d’ensemble exposant une surabondance de personnes au sein d’une plage ensoleillée. Tel un célèbre tableau de Georges Serat, chacun vogue à son occupation probablement un Dimanche après-midi. On fait des châteaux de sables, on se tartine de crème solaire, on court vers l’eau pour se baigner et pourtant, au sein de ses action, une sorte de tâche surgit subitement dans le paysage. Une tâche noircie à l’apparence d’un monstre canin dont nulle semble réellement s’en rendre compte mais qui va brusquer la vie d’Ava, l’héroïne éponyme. Une tâche qui évoluera sur le plan médical puisque symptôme d’une prochaine cécité, ainsi que le plan sociétal puisque propice à une répression autoritaire dans un monde inquiétant pour une personne de jeune âge.

Au vu de ce prémisse, les détracteurs d’un certain cinéma d’auteur français pourraient facilement aiguiser leurs lames pour mieux attaquer cette ouverture qui ne prête pas forcément à sourire. Evidemment, une idée pré-conçue est toujours balayée par le talent d’un artiste, ce que Léa Mysius prouve avec la luminosité rayonnante de son film. Avoir situé son histoire dans une village de vacances rend les décors si avantageux aux déambulations de notre héroïne. Loin de cette mère délirante mais attachante, jouée par la révélation Laure Calamy, ce personnage principal iconoclaste va découvrir les premiers émois amoureux sur le sable chaud, luttant contre l’obscurité progressive et des cauchemars de plus en plus angoissants. Le quotidien de cette jeune fille est racontée avec un certain naturalisme, jusqu’à ce que sa rencontre avec un jeune homme, issu d’un camp de gens du voyage, change la donne et bascule tout le parcours traversé par une vague de liberté. On s’éloigne des champs-contrechamps pour basculer vers des écrans partagés où l’on s’amuse à braquer avec insouciance des vacanciers sur fond de Sharon Jones. Dès lors, Ava ne devient plus un combat mais bel et bien une victoire obtenant une liberté. Un affranchissement coûtant des sacrifices importants (la dernière partie, en pleine fugue et mission d’infiltration à un mariage, appuie cela) mais qui apparaît vite comme un véritable rayon de soleil.

Léa Mysius et Noée Abita apparaissent comme des noms à retenir d’emblée grâce à ce premier film tombant parfaitement pour ce début de l’été. Ava sublime le paysage du jeune cinéma d’auteur français, plein de fougue et d’audace avec une sincérité indéniable pour raconter une histoire.

Victor Van De Kadsye

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