Baby Driver : Compréhension cinématographique.

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Avec sa sortie aux Etats Unis et en Angleterre, nous petits français, ne pourrons voir le nouveau film d’Edgar Wright qu’à la date du 19 Juillet. Cependant, des avant premières ont eu lieu, et Les Brouillons du cinéma y étaient. Nous pourrions partir sur des tas et des tas de grands mots tels que ‘Formidable’ ‘Brillant’ ou ‘Le meilleur film de l’année/été/ depuis Mad Max Fury Road’ mais il n’en est rien. Ce dont il faut parler à propos de Baby Driver, c’est la maîtrise absolue du médium cinématographique d’Edgar Wright, et le fait qu’il ait passé 20 ans à préparer le film n’est pas étonnant.

Dès ses premiers longs métrages, le formalisme d’Edgar Wright ressortait à chaque fois, son travail sur la mise en scène n’était pas laissé pour compte, du choix des plans, à la scénographie, en passant par le montage et les arrangements sonores et musicaux, Wright manifestait déjà un perfectionnisme important dans son travail. Sans oublier l’écriture, notamment celle de la Cornetto Trilogy, avec en point d’orgue Hot Fuzz qui reste le meilleur scénario du duo Pegg/Wright. Cependant, on observe une évolution, une maturité nouvelle sur The World’s End, montrant qu’entre Shaun of the Dead et The World’s End, le metteur en scène a appris et le résultat de cet apprentissage est Baby Driver.

Pour parler de Baby Driver, il faut prendre en compte trois choses, premièrement la durée de gestation du film (20 ans, faisant penser au temps de gestation de Munich de Spielberg ou de Silence de Scorsese), deuxièmement, l’évolution de la carrière de Wright depuis la série Spaced et troisièmement le travail au scénario de Wright seul aux commandes. Pas de Pegg, il est le créateur entier de Baby. Et Baby existait déjà dans les années 2000 avec le clip de Mint Royale, Blue song, réalisé par Wright.

Baby Driver n’est pas le meilleur film du réalisateur, mais il est celui dont la mise en scène est la plus travaillée et osons le dire malgré notre introduction, hallucinante de perfection. On pourrait dire ici et là que le scénario semble plus faible que les autres, mais ce serait sans se souvenir qu’on disait la même chose de Fury Road. Car tel le film de George Miller, Wright n’a pas besoin d’expliquer tout par le dialogue, quand bien même il fait de l’exposition, il utilise sa caméra comme façon de montrer qui est quoi, qui fait quoi, et qu’est ce qui représente des choses importantes, qui ne sont pas dites dans les dialogues. Un exemple simple, Baby porte des écouteurs en permanence, à cause de l’accident de voiture causant la mort de sa mère, importante pour lui, et de son père, durant son enfance. Sa mère était chanteuse, la musique est donc ce qui lie la mère et le fils, et si cette paire d’écouteurs n’était rien d’autre qu’un cordon ombilical que l’enfant ne veut pas couper pour être séparé de sa mère ? Les personnages aussi portent des significations particulières, comme Buddy, qui est ici une figure paternelle pour Baby, chose encore plus confirmée lors du climax que nous ne spoilerons ici pour que vous puissiez savourer pleinement cette expérience visuelle.

Visuel est d’ailleurs le terme parfait, puisque’ici Wright utilise tout pour fournir une véritable expérience cinématographique, calculée et maîtrisée. Aucun plan n’est en trop ou semble être improvisé. Chaque séquence est chorégraphiée telle une comédie musicale, où chaque mouvement, chaque son, chaque changement de plan est utilisé tel un enchaînement de notes dans une partition. Si la musique articule entièrement le film, elle est le film, le film est une longue chanson d’1h50 avec des changements de rythme, de sonorité, de timbres. Wright est un chef d’orchestre, et nous assistons à son concert. Wright a déclaré qu’il a cherché les chansons du film avant de penser à comment le mettre en scène. Souvent, la mise en scène est mise en musique, ici c’est la musique qui est mise en scène. Que ce soit durant la scène de gunfight sur Tequila ou le plan séquence d’ouverture du film, Wright prouve qu’il sait faire en sorte que son et image ne font qu’un.

Et si en plus de cela, il offre les meilleures scènes d’actions de l’année, alors que demander de plus. Les cyniques du fond de la salle diront sûrement que les scènes d’action de Fast and furious proposent des idées folles, mais ils ne se rendent juste pas comptent qu’on se fout de leurs gueules. Avec Baby Driver, nous avons de vraies scènes d’actions chorégraphiées, avec un montage clair et cohérent, sans CGI, et qui arrivent à être mille fois plus foisonnantes de bonnes idées qu’un seul film de la bande à Baboulinet. Et surtout, et c’est peut-être une des plus belles choses du film, nous avons ici une œuvre personnelle.

Car ce n’est pas un simple film d’Edgar Wright, c’est son film, dans lequel il nous parle de lui sans barrières. Baby est Edgar Wright, un passionné de poursuite en voiture, de musique, de cinéma, un enfant de la pop culture, qui comprend ce qu’elle est et ne la caresse pas dans le sens du poil, mais essaye de donner un coup de pied dans la fourmilière. Plus que tout autre réalisateur actuel, Wright ne recycle pas, ne tombe pas dans la nostalgie facile à la Stranger Things. Les scènes où Baby enregistre des discussions pour les remixer en musique n’est rien d ‘autre que Wright piochant dans sa cinéphilie, et tentant d’apporter du neuf, du remix, dans ce qui est déjà inscrit dans l’inconscient collectif.

On pourrait parler de Baby Driver pendant longtemps, vanter ses mérites, parler de l’excellent casting ou même parler de quelques défauts, bien que mineurs, mais la meilleure chose à faire et de le voir, et de se rendre compte ce que signifie vraiment le terme ‘Cinéma’.

Stéphane Visse

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