« Les Proies » : Lost in Secession.

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On l’avait quitté quatre ans après les cambriolages nocturnes d’adolescents en quête de célébrité, Sofia Coppola revient plus féroce que jamais en sortant de sa zone de confort : Ici, elle s’attaque à un remake d’un film de Don Siegel en y apportant la personnalité si douce-amère de son cinéma et un conflit des genres aussi savoureux qu’une part de tarte aux pommes. Comme un mélange entre la reconstitution historique de Marie-Antoinette et les désirs de Virgin Suicides.

Ce qui est intéressant dans le cadre du remake, c’est de voir comment un artiste peut implanter son souffle au sein d’un matériau déjà pré-conçu. Ici, sans avoir vu la production originale, il est tout de même flagrant de voir à quel point cette version 2017 s’autonomise de celle réalisée par Siegel.

Loin des fumées et des corps déchiquetés par la bataille entre le Nord et le Sud des Etats-Unis, réduit intelligemment en toile de fond sonore par le crachat lointain des canons, on entre dans ce manoir isolé comme si on entrait dans un tout autre monde. Un monde cloisonné au milieu de la végétation, loin du danger des hommes-soldats selon la Maîtresse de ce pensionnat jouée par l’impériale Nicole Kidman, prête à n’importe quoi pour protéger ses jeunes élèves.  Un isolement qui rappelle nulle doute celui des soeurs Lisbon, prisonnières de l’éducation stricte de leurs parents loin des suburbs de Détroit dans le premier long de la réalisatrice, Virgin Suicides. On retrouve par ailleurs Kirsten Dunst dans un rôle similaire à celui de Lux vingt ans auparavant.

Et pourtant, tel un acteur bouleversant la vie d’une étudiante au sein d’un voyage à Tokyo dans Lost in Translation, un soldat joué par Colin Farrel suscitera de nombreux émois au sein de cette communauté. Par des regards, raccordés à des gros plans sur un dos, un visage ou une main, on retrouve vite les personnages du cinéma de Coppola. Des personnages guidés par des désirs sexuels ou indépendants dont la metteuse-en-scène n’hésite pas à renverser pour une touche palpitante au film, proche du thriller comique. Malgré le fait que la promotion du film y laissait transparaître quelque chose de brutal camouflé par l’esthétique chic de la réalisatrice, le résultat final rend compte d’une histoire piquante suscitant quelques rires inattendus. La facilité auquel ce caporal manipule ses proies provoquant même une rivalité entre elles, fait sourire comme l’union de ce groupe pour assouvir un désir de vengeance comme si Lick the Star était transposé au 19ème siècle.

Les Proies est un film féroce où le format 4/3 étouffe suffisamment le temps que nous puissions rêver de nous échapper dans cette forêt filmée par la sublime photographie de Philippe Le Sourd. Coppola filme une guerre des sexes où nul camp n’est traité avec privilège même en plaçant le groupe féminin au premier plan. L’austérité ambiant de sa mise-en-scène renforce plus les désirs montrés au spectateur. Elle y signe ainsi son film le plus dérangeant (et aussi l’un des plus drôles), sorti de sa zone de confort en prenant le défi du remake et d’un genre cinématographique plus spectaculaire qu’à l’accoutumée. Et on peut dire que le résultat d’une réussite incontestable, récompensé par le Prix de la Mise en Scène lors du dernier Festival de Cannes.

Victor Van De Kadsye

 

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