« Petit Paysan » : Oh la vache !

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Petit phénomène des festivals, de Cannes en Mai jusqu’à Angoulème la semaine dernière, le premier long-métrage d’Hubert Charuel est un petit thriller agricole qui impressionne, couvert d’une fable touchante sur l’émancipation familiale. Petit Paysan consacre aussi son film au talent formidable d’un petit qui deviendra grand acteur : Swann Arlaud.

En voyant dès les premières minutes le monde auquel Pierre vit, on sait de quoi le film va résulter. D’abord sous un registre proche du fantastique, où ce fermier déambule dans une maison remplie de vaches puis dans un registre plus naturaliste suivant son quotidien de touts les jours. Petit Paysan est un portrait de vie bouleversant dans la peau de cet agriculteur entièrement dévoué à son métier, ne sachant rien faire d’autre suite à un environnement familial trop possessif. Connaissant ce milieu, enfant d’agriculteurs, difficile de ne pas y voir le spectre du réalisateur gravitant autour de son héros. Car si le film procure une vive tension quant à l’un de ses enjeux (à savoir un fermier voulant protéger ses vaches suite à une épidémie mystérieuse), il provoque une atmosphère très étouffante quant à l’envahissement si intense de ce milieu parental dans la vie de ce jeune homme. Reclus du monde, éloigné des conventions sociales entre des amis perdus de vues, un rencard se déroulant mal et des opinions politiques trop radicales (inquiétude compréhensive de la sœur en le voyant surfer sur un site souhaitant le retour de Charles Martel), il est clair que Pierre semble prisonnier d’une vie de plus en plus conditionnée à un tel point qu’il serait prêt à commettre n’importe quoi pour que tout soit parfait. Un quotidien soigné par la mise-en-scène, montrant l’agriculture sous un angle technique comme pour montrer à quel point Charuel sait de quoi il parle.

En plus d’être un portrait de vie bouleversant, porté par un magnifique Swann Arlaud qu’on a déjà pu voir crever l’écran dans Les Anarchistes ou Baden Baden, Petit Paysan est un triste constat du manque de considération social dû aux agriculteurs. Loin des codes télévisuels type L’Amour est dans le pré, le film montre une réalité difficile à vivre socialement pour ces paysans laissés pour compte. Traités avec moqueries par les autorités, tournés en ridicule par les gens de touts les jours n’y voyant que des stéréotypes et laissés pour compte par le gouvernement (tel ce personnage dépassé par les évènements joué par Bouli Lanners, en quête d’indemnité après avoir tout perdu), ces paysans ont la vie dure et doivent se battre touts les jours pour se faire entendre.

De courte durée, ce premier long projet de Charuel parvient à rester efficace dans sa tension par l’empathie immédiat envers ce jeune héros de notre époque. Petit Paysan marque par ce côté chronique de vie touchante.

Victor Van De Kadsye

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