« Good Time » : Une soirée de chien racontée par les frères Safdie.

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Présenté en Compétition Officielle au dernier Festival de Cannes, on peut comprendre pourquoi le nouveau film des frangins les plus prometteurs du cinéma indépendant américain, Joshua et Ben Safdie, a plu aux festivaliers ainsi qu’à Thierry Frémaux. Plus conventionnel dans sa narration mais moins lorsqu’il s’agit de montrer New-York, Good Time est un film renversant où l’esprit d’After Hours est ramené à l’époque de Robert Pattinson.

Dans le New-York imagé par Joshua et Ben, on peut dire adieu au glamour et à la nostalgie présents dans nos inconscients collectifs grâce à Woody Allen ou son contemporain Noah Baumbach. Chez les Safdie, on préfère montrer les recoins les plus poisseux de la Grosse Pomme. Entre squats de drogues, relations toxiques et une violence excessive, le danger est dans touts les coins de rues à chaque instant, filmé dans une approche urbaine, à la limite du documentaire rappelant Schatzberg et Lumet. Tout le contraire de ce cinéma charmant et souvent carte-postale donc. A vrai dire, nous sommes devant un film où le souhait de quitter cette ville, hantée par la crasse et les fantômes familiaux, en est le point de départ.

Toujours dans la lignée des précédentes oeuvres de ces réalisateurs, porte un attache amour/haine envers cette ville légendaire. Là où  dans Mad Love in New-York, l’héroïne interprété par Arielle Holmes restait dépendante à la grande ville, Good Time propose cette même relation toxique sur un rythme plus frénétique qu’à l’accoutumé. Loin des errances montrées dans Mad Love in New-York ou The Pleasure of Being Robbed, ce nouveau projet nous fait courir partout dans les rues en même temps qu’un méconnaissable Robert Pattinson afin d’espérer en sortir à la fin. Le montage frénétique, appuyé par la puissante bande-originale d’Oneohtrix Point Never rappelant Isao Tomita, contribue à cette balade chaotique qui couple notre souffle. Plus on avance dans le récit, moins l’on se sent rassuré par la tournure des événements. Cette spirale noire dans la violence donne au film des airs d’After Hours où tel le personnage de Griffin Dunne, celui de Pattinson s’enfonce en emportant son entourage dans un tourbillon de malheur. Et si la conclusion peut laisser présager un fatalisme plombant en premier lieu, il s’avérera être plus nuancé en réalité.

Car sous ces airs de course-poursuite sous LSD se cache un magnifique film sur l’amour fraternel. Nuançant ces personnages de criminels recherchés par la police, Good Time brille par les moments (nécessairement si peu présents) entre ces deux frères, prêts à tout pour ne jamais se séparer quitte à braquer une banque ou rechercher une bouteille de Sprite sous acide dans un train-fantôme. Conscient de l’handicap mental du frère joué par Joshua Safdie (co-réalisateur du film), difficile de ne pas être en empathie pour cet anti-héros joué par Pattinson. Dans le rôle de ce frère dépassé par les événements, le comédie crève l’écran et nous touche en plein coeur, comme cette dernière scène pleine de sentiments partagés entre la mélancolie et la tristesse. Ne glorifiant pas mais ne jugeant pas non plus, on admire à voir une certaine tendresse des réalisateurs pour les laissés-pour-compte, les délaissés de la société. Sans jamais être complaisant dans cette démarche, les deux frères réalisateurs ont toujours eu un dévouement pour représenter ceux que la société peut mettre de côté.

Sous des notes plus mélancoliques guidées par la voix d’Iggy Pop, on sort de Good Time comme d’un tour de train-fantôme à Adventureland. Stressé tout le long du voyage, on en ressort complètement sous le choc avec une seule envie : D’y retourner ou de découvrir les autres attractions proposés par les frères Safdie. Définitivement l’un des temps forts de l’année.

Victor Van De Kadsye

 

 

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