[Critique] – « L’homme irrationnel » : La nouvelle réussite de Woody Allen vue par Mélina D’Amico

Professeur de philosophie, Abe Lucas est un homme dévasté sur le plan affectif, qui a perdu toute joie de vivre. Il a le sentiment que quoi qu’il ait entrepris – militantisme politique ou enseignement – n’a servi à rien. Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue en manque de compagnie qui compte sur lui pour lui faire oublier son mariage désastreux. Ensuite, avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Si Jill est amoureuse de son petit copain Roy, elle trouve irrésistibles le tempérament torturé et fantasque d’Abe, comme son passé exotique. Et tandis que les troubles psychologiques de ce dernier s’intensifient, Jill est de plus en plus fascinée par lui. Mais quand elle commence à lui témoigner ses sentiments, il la rejette. C’est alors que le hasard le plus total bouscule le destin de nos personnages dès lors qu’Abe et Jill surprennent la conversation d’un étranger et s’y intéressent tout particulièrement. Après avoir pris une décision cruciale, Abe est de nouveau à même de jouir pleinement de la vie. Mais ce choix déclenche une série d’événements qui le marqueront, lui, Jill et Rita à tout jamais.
Rythmé par la musique jazzy des Ramsey Lewis Trio, le décor du film se dessine. Avec cette comédie-film noir délicieusement narquoise,  Woody Allen nous embarque cette fois à Rhode Island où Joaquin Phoenix entre dans son univers par la grande porte. Il est éblouissant en prof de philosophie torturé qu’on ne prend jamais vraiment au sérieux.  A ses côtés, Emma Stone, toujours aussi rayonnante, nous prouve une fois de plus qu’elle mérite sa place de nouvelle muse. Mêlant à la fois railleries et réels dilemmes moraux, Allen met en scène un film où tuer serait le seul moyen de sortir la tête du marécage dépressif, le seul moyen de revivre. C’est évidemment avec toute la légèreté et le malice qui le caractérise qu’il arrive à mener son récit sans que le ton ne sonne jamais faux. La photographie de Darius Khondji, tout en lumière pétillante et teints rosés, sublime les décors et les acteurs et donne davantage d’élégance au film. Ses dialogues « alléniens » ainsi que la narration off des personnages rythment le film avec fluidité pour finir en un twist, certes déjà vu auparavant avec Match Point ou encore le Rêve de Cassandre, mais qui arrive encore à nous surprendre car la maestria du réalisateur est indiscutable.
Mélina D’Amico
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