[Critique] – « Les Cowboys » : Les codes du Western modernisés par le scénariste d’Audiard

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Scénariste fétiche de Jacques Audiard, Thomas Bidegain s’aventure derrière la caméra avec un premier film efficace : « Les Cowboys » ou une relecture moderne du genre du Western avec François Damiens.

Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait. Le voilà projeté dans le fracas du monde. Un monde en plein bouleversement où son seul soutien sera désormais Kid, son fils, qui lui a sacrifié sa jeunesse, et qu’il traîne avec lui dans cette quête sans fin.

A l’instar du dernier film de son collaborateur, Dheepan, aux airs du vigilante-movie, Bidegain frappe immédiatement dans l’idée de se réapproprier un genre cinématographique codifiée pour traiter un thème social et d’actualité. Les Cowboys reprend le genre du Western, s’inspirant notamment de John Ford et de sa Prisonnière du Désert, en traitant le thème difficile des jeunes partant vers la radicalisation. Bien que démystifiée, le film reprend avec subtilité les codes du genre tout en les modernisant. On reprend par exemple l’idée du  conflit des cow-boys contre une minorité classé contre « ennemi », tout en le transposant aux conflits d’aujourd’hui et parvenant à éviter des effets de manichéisme puéril. La mise-en-scène parvient à ne pas tomber dans le piège de reproduire exactement celle du Western. Si certains plans peuvent marquer, reprenant les traits du genre, elle ne se limite pas qu’à un simple exercice de style.

Mais le réalisateur/scénariste a plus d’un tour dans son son sac et propose autre chose qu’une simple relecture de genre. Maniant les ellipses temporelles avec justesse, le film se trouve en réalité être une fresque familiale poignante rappelant dans sa structure narrative l’épopée tendue de Derek Cianfrance , The Place Beyound The Pines. Dans une quête désespérée, amenant son lot d’issues tragiques, le film sait raconter les destins brisées d’une famille avec justesse.

Le film nous fascine pour l’écriture apporté à ses personnages. François Damiens bluffe par son jeu très sombre, dont la bonhomie du début s’efface tout le long pour se transformer en une véritable boule de nerfs cherchant désespérément ce qu’il a de plus cher. Finnegan Oldfield, souvent vu dans des seconds rôles, est amené au premier plan pour un jeu très touchant dans le rôle de ce fils vampirisé par la quête de son père. A noter la présence au casting du culte John C.Reilly, montrant une nouvelle facette de son jeu d’acteur, loin des délires d’Adam McKay ou de l’absurdité de Yorgos Lanthimos.

Il faut cependant regretter une certaine prévisibilité à l’histoire tant il a été facile de deviner les issues de certaines situations et personnages, notamment par rapport à celui joué par John C.Reilly.

Pour un premier film, Thomas Bidegain surprend par ses choix d’écritures. Il parvient à allier les codes d’un genre et un contexte social réaliste pour nous captiver durant tout le long-métrage. « Les Cowboys » est un coup d’essai réussi arrivant à traiter des thèmes difficiles sans trop les appuyer grossièrement.

Victor Van De Kadsye

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